Organisations de solidarité internationale : tenir le cap face aux vents contraires
Le 12 février dernier, le Campus groupe AFD accueillait, dans ses locaux de Marseille, la 1ère restitution décentralisée de l’étude « Poursuivre, s’adapter ou se réinventer face à des vents contraires : quelles capacités d’agir pour les organisations de solidarité internationale aujourd’hui ? ». Objectif de cette rencontre : transformer le constat douloureux en réflexion stratégique partagée et faire émerger de possibles alliances.
Une première restitution décentralisée
En invitant les responsables du cabinet Kayros à venir présenter les résultats de leur étude pour Coordination Sud*, dans ses locaux à Marseille, le Campus groupe AFD a certes permis aux participants de mieux s’en approprier les conclusions mais il a contribué à l’animation de la communauté de pratique d’acteurs de la solidarité internationale ancrée dans le Sud de la France.
L’événement a réuni une cinquantaine de participants – chercheurs, consultants, fondations, collectivités et cadres associatifs – représentant près de trente organisations, autour d’un temps d’échange de trois heures, tout en intelligence collective.
Parmi les structures présentes figuraient notamment Migrations & Développement, le GERES, Agir ensemble pour les droits humains, SOS Méditerranée, Groupe URD, Santé Sud, CCFD Terre Solidaire, Groupe Voûte Nubienne, Plastic Odyssey, Azimio, Prospective & Coopération, UICN, Interpeace, Coordination SUD, l’IRD mais également Aix Marseille Université (AMU), la Ville de Marseille, la Région Sud, le RRMA Territoires solidaires, la Fondation Voix.es vues d’ailleurs, des bureaux d’étude et consultants indépendants et la division MPN/OSC qui gère le dispositif Initiatives OSC à l’AFD.
Cinq grandes remises en cause
Jean-Martial Charancle et Martin Vielajus, les auteurs de l’étude, ont rappelé un contexte international en profonde mutation, qui remet en cause la place même de la solidarité internationale et fragilise les équilibres sur lesquels reposaient jusqu’ici de nombreuses organisations.
Un constat s’impose : nous ne vivons pas une inflexion dans une trajectoire, nous faisons face à une rupture qui impose un nouvel équilibre restant à définir.
Cinq grandes remises en cause traversent aujourd’hui les organisations de solidarité internationale : la réduction des financements, la contraction des espaces civiques, la remise en cause des mobilités, l’évolution des postures partenariales et la fragilisation de l’action humanitaire.
Pour chacune d’entre elles, l’étude met en lumière des stratégies d’adaptation déjà à l’œuvre. Face à la baisse des financements, les organisations diversifient leurs bailleurs, mutualisent certaines ressources, délocalisent leurs bureaux ou recentrent leurs activités. Ces ajustements sont nécessaires mais ils soulèvent des questions plus profondes. Peut-on faire aussi bien avec moins de moyens ? Comment défendre des valeurs et soutenir l’action sans exposer ses partenaires dans des contextes où les espaces civiques se referment ?
Ces remises en cause ne fonctionnent pas isolément. Elles s’inscrivent dans un système de tensions simultanées qui obligent les organisations à effectuer des choix stratégiques majeurs et à interroger leurs postures organisationnelles, internationales et politiques. Le cabinet Kayros relève à ce titre un sentiment de solitude dans la recherche de solutions, ainsi qu’une forme de sidération face à des évolutions qui dépassent parfois les capacités de projection des structures.
Sortir de la solitude par l’intelligence collective
La seconde partie de l’après-midi s’est organisée en groupes de travail avec un objectif clair : transformer le constat en réflexion stratégique partagée et faire émerger de possibles alliances.
Le groupe consacré à la posture politique a notamment fait émerger la volonté de réaffirmer des valeurs communes et d’assumer des récits propres, en portant leurs narratifs plutôt qu’en se contentant de répondre à ceux qui les attaquent.
Un autre groupe dédié à la posture organisationnelle s’est interrogé sur des tensions très concrètes : comment gérer des injonctions contradictoires lorsque les effectifs diminuent et que les exigences de reporting augmentent ? Comment définir un horizon stratégique lorsque la visibilité sur les contextes est faible et mouvante ?
Au-delà des idées formulées, un point a rassemblé l’ensemble des participants : la nécessité de créer des espaces réguliers de réflexion collective pour rompre avec le sentiment d’isolement permettre un recul stratégique dans des contextes dominés par l’urgence.
La puissance des liens, complément indispensable au professionnalisme
En clôture, Véronique de Geoffroy, directrice du Groupe URD a rappelé qu’en temps de crise, la survie passe par la coopération. Il est nécessaire de se reconnecter aux sociétés civiles pour préserver le sens même de la solidarité, car la puissance des liens est un complément indispensable au professionnalisme dans la tempête.
L’après-midi s’est conclu sur un message clair adressé au Campus : un encouragement à pérenniser cette plateforme de dialogue collectif et de contribuer à l’animation de cette communauté multi-acteurs.
Fort de son ancrage territorial au sein de la région Sud, le Campus entend répondre positivement à cette sollicitation, en mettant à disposition ses expertises, ses espaces et ses formations afin d’accompagner durablement cette dynamique.
Lien vers l’étude : Rapport-final_version-web-1.pdf
*Coordination SUD est la coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale.

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